Onze lieux à découvrir à Toamasina et sur la côte est
Un voyage visuel à travers onze paysages de Toamasina et de la côte est de Madagascar. Explorez le port, les palmiers, le canal des Pangalanes et le lagon au fil du défilement.
Toamasina — Tamatave pour les uns, Port-aux-Prunes pour les anciens — veille sur la côte est de Madagascar. La ville s’avance sur un cordon de sable, protégée par un récif corallien qui filtre l’océan en deux passes. Au loin, le phare de l’Île aux Prunes garde la trouée du récif ; face à la ville, le grand port ouvre le pays au monde.
Le nom malgache Toamasina signifie « comme du sel » : l’air, l’écume et la lumière disent le reste.
Le port de Toamasina est le premier port de Madagascar : quatre cinquièmes du commerce maritime y passent. Commencés en 1929 et achevés en 1934, les môles s’égrènent sur plus d’un kilomètre, du quai C2 au terminal à conteneurs. Derrière les murs de boîtes empilées, les portiques se penchent sur les navires, pendant que les remorqueurs font danser leur étrave dans la rade.
Les travaux d’extension poursuivent la digue et gagnent un quai profond de 470 mètres, mitoyen du récif Hastie.
D’un bout à l’autre de l’Avenue de l’Indépendance, Toamasina se raconte : les banques et les ministères, les façades coloniales à persiennes, les arcades où l’ombre reste fraîche. L’avenue file de l’Hôtel de Ville jusqu’à la Place de la République, qui ouvre enfin sur l’océan. Entre les deux, les palmiers rois tiennent la garde et les pousse-pousse font la course avec les tuk-tuks.
Les palmiers rois de l’avenue sont un sujet municipal à part entière : on les compte, on les soigne, on les remplace.
C’est ici que commence la voie métrique de la ligne Tananarive–Côte Est : 372 kilomètres construits entre 1901 et 1913 pour relier la capitale à l’océan. La gare de Toamasina a gardé son air de bout du monde : un bâtiment colonial ocre, une grande marquise sur le quai, un heurtoir qui borne la fin — ou le début — du voyage. Depuis 2023, une navette relie à nouveau la côte à Brickaville et Moramanga.
Le fret du nickel traverse toujours la ligne ; la navette passagers, elle, est partie pour la montagne un jour par semaine.
Bazary Be, c’est la ville qui commerce et qui parle. Sous la grande halle reconstruite après l’incendie de 2010 — 750 étals sur plus de 6 000 mètres carrés —, s’empilent la vanille, le girofle, la cannelle, le poivre sauvage et le curcuma. Autour, les étals débordent de litchis, de mangues et de ramboutans, et les parasols colorés font un toit de plus. On y vient pour le marché, on y reste pour le spectacle.
Marché vivant : venez le matin, quand les paniers arrivent encore pleins.
La cathédrale Saint-Joseph veille sur Toamasina depuis 1934, consacrée cent ans après la mort du père Henri de Solages, dont les restes reposent ici. Elle est néo-romane, longue de 48 mètres et large de 19, avec une rosace sur son axe et deux tours carrées qui comptent sept cloches à elles deux. Devant elle, le boulevard Ratsimilaho et la mer : la lumière de l’est fait le reste.
Un lieu de culte vivant : on le visite en dehors des offices, en silence.
À Toamasina, la plage s’appelle Miami, et c’est une plage de travail autant que de promenade. Au petit matin, les pirogues rentrent, les filets s’étalent devant le lycée Rabemananjara et les brochettes de masikita grillent déjà au bord du boulevard Ratsimilaho. Ici, l’océan n’est pas protégé par le récif : la houle casse franchement, au grand plaisir des surfeurs et au grand soin des baigneurs prudents.
Baignade sous surveillance : les vagues de la rade sont puissantes et les courants ne se voient pas.
À quarante minutes de la ville, Ivoloina change tout : sol rouge, fougères, arbres à vanille et lac Flugence immobile. Ancienne station agricole coloniale ouverte en 1897, devenue parc de conservation, elle abrite douze espèces de lémuriens — dont cinq vivent en liberté —, des caméléons panthères et des grenouilles tomates. Le sentier de neuf kilomètres traverse huit hectares de parc avant de plonger dans les plantations et la forêt.
Une visite guidée aide à repérer les lémuriens, maîtres du camouflage.
À soixante kilomètres au nord, Foulpointe — Mahavelona — cache un fort circulaire élevé sous Radama I au début du XIXe siècle : un anneau de pierre corallienne de soixante-dix-sept mètres de diamètre, où l’on distingue encore les traces de la caserne, de la cuisine et de la prison. Derrière le fort, la plage de sable blanc est protégée par un récif posé cent cinquante mètres au large : l’eau y reste calme, turquoise et parfaite pour la baignade.
Fort Manda se visite librement ; les fondations intérieures demandent un peu d’imagination et de respect.
Le canal des Pangalanes longe la côte est sur six cent quarante-cinq kilomètres, du port de Toamasina jusqu’à Farafangana. Commencé en 1896 sous Gallieni pour relier les lacs et les rivières en une route d’eau abritée, il garde son caractère : une eau olive, des pirogues chargées de bananes, des jacinthes d’eau qui dérivent, des cocotiers penchés. À Ambila-Lemaitso, un simple cordon de sable le sépare de l’océan qui gronde.
Le canal a été redragué et rouvert à la navigation en 2021 : pirogues et bateaux y circulent de nouveau.
À dix milles au nord de la ville, l’Île aux Prunes — Nosy Alanana — porte le plus haut phare d’Afrique : soixante mètres de béton octogonal, allumés en 1933, dont les trois éclats blancs se voient à quarante-cinq milles. Il marque la grande trouée du récif par où les navires entrent dans la rade de Toamasina. Autour, le lagon met ses taches turquoise et les roussettes — les grandes chauves-souris — tournent dans les arbres.
L’intérieur du phare ne se visite pas ; l’île se découvre par la mer, avec un équipage qui connaît la passe.